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Expérience: Le futur

Je ne suis pas encore prêt à raconter pourquoi, quand j’étais petit, le monde m’apparaissait comme un gros monstre épeurant. Mais je peux dire que les seuls lieux qui me semblaient sûrs étaient l’ailleurs et le futur.

L’ailleurs c’est partout ailleurs que “chez nous”, le Québec, le Canada. C’est aussi le passé, le consommé, ce dont on connaît le dénouement.

Le futur c’est cet ailleurs fantastique où justement ce fantastique est tel qu’il rend chaque personne incapable de toute méchanceté.

Une des manifestations du futur a été Expo 67 à Montréal. Mais j’étais trop jeune pour me rappeler de tout. Heureusement, il y a eu de suites sur les lieux de l’Expo. En 1968, il y a eu Terre des Hommes; et l’effort a continué quelques années mais en diminuant un peu à chaque fois.

Pendant ces quelques années, il y avait ces structures du futur qui étaient venues nous visiter. Je ne comprenais pas grand chose à ce monde à la fois imaginaire et parfaitement réel parce que j’y étais. Je pouvais marcher, voir, toucher. Il aura fallu des décennies pour que je saisisse exactement de quoi était fait Expo 67 et ses itérations ultérieures.

J’aimais me perdre en particulier dans cette structure appelée Polymer (voir lien ci-dessous), parce qu’à partir de sa réalité mon imaginaire pouvait s’évader dans toutes les direction et reconstruire toutes les causes, toutes les actions, toutes les raisons. Cette liberté de l’esprit était le remède, imparfait, à la tristesse que le monde présent et immédiat de l’époque me laissait ressentir à chaque instant: l’école, la religion, les autres enfants à l’école, au parc. La rigidité de la vie adulte ou du moins ce qui m’apparaissait telle.

Je n’aurai jamais trouvé comment échapper au commun, au quotidien, autrement que par l’imaginaire. Et je n’aurai jamais vraiment su comment utiliser cet imaginaire pour en tirer suffisamment de profit pour en vivre de manière décente, si cela est même possible.

Ce sera à partir de ces sensations de tristesse ambiante, d’incapacité “d’être dans le monde” que j’aurai construit mon imaginaire, matière malléable à souhait qui se sera avérée beaucoup plus thérapeutique que plastique (dans le sens artistique, il va de soi).

Quand j’ai compris que ces structures fantastiques étaient l’oeuvre d’architectes et d’ingénieurs, alors je voulais être de ceux qui construisaient les “futurs resplendissants”. Au final, non. C’était trop technique et mon intérêt était trop arrêté à la présence poétique des formes habitables. Alors j’ai cherché une autre voie.

Comprendre le monde, comprendre le langage, cette chose qui nous permet justement de saisir le monde et de le manipuler dans notre esprit, le langage donc, la langues, les langues, leurs différences, leurs origines, leurs mécanismes. Voilà une autre voie pour construire les futurs resplendissants, construire est peut-être un peu fort, les décrire à tout le moins. Une autre voie qui n’aura pas eu vraiment d’issue. Parce que pour construire avec le langage, il faut avoir de quoi à dire, et d’en parler en connaissance de cause. Toujours insécure, je n’ai jamais pu parler avec certitude. L’hésitation m’amène souvent au silence.

Polymer : https://expo67.ncf.ca/expo_polymer_p1.html (à noter il y a aussi 3 autres pages à voir à partir de celle indiquée par ce lien).

Dans la vidéo ci-dessous, j’improvise une création qui veut évoquer la poétique de cet espace de rêve du “futur resplendissant”. Et un peu plus bas, quelques images qui deviendront bientôt souvenir puisque cette structure est voulue éphémère comme les souvenirs qui s’enfuient dès qu’on veut les revivre avec intensité.

8 comments

  1. Wow superbe 🙂 hésites pas à venir faire un tour sur mon site Intel-blog.fr et à t’abonner si ça te plaît 🙂

    1. oh merci.

      Je suis allé voir ton site. Tes dessins ont une composition dynamique. J’ai voulu m’y abonner mais WordPress a eu un problème. J’essaie plus tard.

      Bonne journée

      1. Top you’re the best. Merci à toi pour les dessins ton regard me touche 😀

      2. J’ai réussi à souscrire à ton blogue. La raison du problème? WordPress n’aime pas les VPNs, les bloqueurs de mouchards (trackers) et autres bidules de sécurité. Une fois toutes les couches de sécurité désactivées j’ai pu souscrire. Bon, on réactive les sécurités.

        À bientôt.

    1. Merci beaucoup!

      J’ai tenté de reproduire cet effet de halo le lendemain avec un éclairage semblable (soleil et angle de IPhone) et je n’ai pas réussi: un coup de chance. C’est le lot du photographe amateur 🙂

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