Expérience : Bergson

To my fellow English readers. This blog post does not contain a translation afterwards as it is customary here. I would first need to create a transcript of the video, which I may do in the next few days. Stay tuned.

 

En fait ceci est hors du champ de mon expérience, mais est en train de le devenir car, hier je ne savais pas ceci et maintenant, ce soir, j’ai entendu et réfléchi à ce qu’il a dit. Écrire en ce moment sur cet extrait sonore (voir lien plus bas) est une expérience de mise en mémoire et de communication d’un objet (l’enregistrement), d’un fait (je l’ai écouté) et plus tard pour vous qui lisez ceci une expérience de transmission, peut-être de recherche et de réflexion par après. Éléments chaînés.

Plus clairement, un ami m’a proposé d’écouter le seul enregistrement d’Henri Bergson, un enregistrement qui n’était qu’un test de prise de son. Il a pris ce test bien au sérieux car il y a énoncé lentement ce que pour lui est « l’objet de l’art ».

Alors qu’aujourd’hui nous sommes constamment poussés dans un futur immédiat avec le prochain gadget, la prochaine génération de processeur, de carte vidéo, de cellulaire, de bidule intelligent (ou pas trop), de la prochaine tendance, du succès musical non plus de l’heure mais de la seconde, du tweet fureur, etc., faire un test de prise de son c’est plus ou moins se contenter d’un “1 2 3” ou “bla bla bla”. Mais pour Bergson, la futilité n’était pas au rendez-vous. Le moment était important, peut-être même solennel. Important par la technique impliquée à l’époque, solennel parce qu’arrivé à ce temps de la vie, presque 77 ans pour lui, tant qu’à dire quelque chose aussi bien dire quelque chose qui soit utile.

Je vous laisse écouter avec attention : https://www.franceculture.fr/philosophie/bergson-sur-lart-lunique-archive-de-sa-voix .

J’y trouve presque un apaisement devant ces questions qui m’agacent souvent « pourquoi créer? À quoi ça sert? Pourquoi ajouter au monde déjà débordant de tout? ». La réponse apparaît toute simple après écoute : parce que je peux. Ensuite viendra la question « est-ce que je dois créer? » en une sorte d’opposition avec l’idée « d’aller travailler », de contribuer socialement dans une mesure normale, convenue, pour ne pas dire plate. Pouvoir et devoir.

Au fur et à mesure que je prends des notes qui se traduiront dans des billets ici, le devoir est davantage de dire, raconter que de faire. Mais pour bien dire et raconter convenablement, ça ne peut se faire selon ma perspective que dans le moment de l’acte créatif. J’ai en tête des centaines de points de repère consignés, d’anecdotes à raconter et de techniques à démontrer. Pris chacun isolément, c’est sans saveur, sans intérêt. C’est l’ensemble qui parle. Ce n’est pas que le doigt qui peut lever le voile dont parle Bergman, c’est la main entière qui bouge.