En prévision de quelque chose qui pourrait se produire, il faut savoir se décrire :

 

Belisssle (Michel Belisle) concentre son attention créative sur les limites des significations, des techniques et des interprétations. Dans ses collages, les phrases et les mots sont décomposés et réassemblés au hasard pour forcer l’incompréhension comme véhicule de questionnement. Plus il est difficile de dégager un sens, plus l’observateur est amené à créer des associations spontanées parmi lesquelles une sera suffisamment significative pour servir de sens, de point d’ancrage avec l’œuvre, même si cela s’avérera temporaire, évanescent. Pour l’artiste, il n’est pas rare de constater que c’est dans la spontanéité que se trouvent les racines des solutions innovantes à des problèmes complexes.

Dans ses écrits, Belisssle est plutôt philosophe. Il décrit et interprète ce qu’il perçoit des phénomènes humains au travers de la lentille sociale et psychologique. Pour lui la politique et la justice sont des systèmes où l’humain, en tant qu’objet et sujet, est complètement évacué au profit de modèles de références et de positionnement. Il y voit un paradoxe dans ce système trop grand, complexe, une sorte de labyrinthe dans lequel l’humain évolue de force, mais où les actions de chacun, au niveau microscopique, creusent de nouveaux canaux, reforment l’architecture de l’ensemble : un univers subi et construit tout à la fois. Parce que le système génère des situations dramatiques dans le présent, il suscite le désir de changement.

Les créations textiles, domaine où les sensations tactiles prennent tout autant d’importance que le visuel, sont le lieu de prédilection de Belisssle pour opposer les techniques traditionnelles maîtrisées (presque perdues en raison de l’industrialisation) à des mises en scène de construction improvisées, comme si tout le savoir-faire était à inventer. Il s’ensuit des créations où forme et fonction n’occupent plus une place prépondérante mais constituent deux points d’un triangle, le troisième étant ambigu : présence d’une technique cohabitant avec des signes de son absence.

Ainsi, pour Belisssle, rien n’est achevé. Tout demeure sujet à questionnements et à transformations. Il aime que ses œuvres s’inscrivent dans cette fluidité, qu’elles soient reprises comme si elles étaient des matières premières à être triturées au point, idéal, où la résultante n’aurait plus rien à voir avec l’origine.